Dans les nuages

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La NASA vient inopinément de fournir l’illustration que nous sommes de bien considérables ballots.
Au 20e siècle, les expéditions russes parvenues jusqu’à la surface de Vénus n’avait pas manqué d’y observer une spectaculaire absence d’océans et de séquoias géants, et cette déconvenue avait précipité tout projet d’invasion aux oubliettes. Désormais il ne pouvait plus être question que de Mars, invariablement située par les ingénieurs en un lieu situé à 30 ans dans l’avenir.

Or voici finalement que le projet HAVOC dévoilé ce mois-ci par l’agence spatiale propose lumineusement d’aller visiter la planète en ballon! En ballon figurez-vous. On pense à Jules Verne, à Edgard Poe, et immédiatement le projet se pare des atours métallurgiques du steampunk et suggère une expédition vénusienne en dirigeable à vapeur.

En fait, pas du tout : le trajet vers Vénus se ferait à bord de vaisseaux propulsés par des fusées, comme c’est l’usage depuis la nuit des temps. Cependant, l’expédition impliquerait bien des ballons, car c’est le moyen que les ingénieurs ont élaboré pour éviter de voir leurs explorateurs intégrés au matériel mantellique par chauffage-compression. Cela paraît tellement évident qu’on se demande pourquoi au nom d’Elvis, on n’y avait pas songé plus tôt, bande de ballots.

Il est donc prévu de faire séjourner des équipages de scientifiques à 50 km d’altitude dans l’atmosphère vénusienne, élévation où la température descend à un rafraîchissant 75°C et où la pression est équivalente au niveau de la mer terrestre. C’est un choix assez curieux d’ailleurs car il semble dans l’intérêt de la mission de rechercher une altitude plus élevée et une température plus fraîche sans se cramponner à la pression, sachant qu’au sommet du Mont Blanc, les 0.55 atmosphères ne nécessitent même pas l’usage d’un scaphandre. Sans doute d’autres facteurs entrent-ils en jeu, comme les radiations dont l’absence de bouclier magnétique empêcherait la déflection comme c’est le cas sur notre conviviale planète.

Le concept de la Nasa ressemble au dernier Pink Floyd

La NASA propose une vue d’artiste du concept qui émerveille par le bleu de son ciel, l’apparente quiétude des environs, et la légèreté céleste d’un village dans les nuages. Naturellement, avec la chaleur mentionnée plus haut et les tempêtes d’acide sulfurique, le bol d’air sera compromis, mais c’est tellement joli.

Verra-t-on un jour une occupation permanente de la mer de nuages vénusienne ? On frissonne en imaginant le destin d’une population d’aerostatiers qu’un incident technique plongerait soudain dans la fournaise corrosive pour le plus grand embarras d’une administration sans cesse pressée de justifier auprès du public la finalité de ses investissements.

Mais c’est tellement joli.

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