Electrique

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Il est décidément admis qu’on ne me tient au courant de rien car j’apprends cette semaine avec saisissement qu’une équipe d’aventuriers de la technologie connue sous le nom de Hanson Robotics, s’est mise en tête de ressusciter Philip K Dick sous la forme d’un androïde, et ceci pas plus tard que 2005 (c’est-à-dire dans le passé) !

Quand on songe aux ternes inepties que les colporteurs électroniques nous rabâchent sans faillir du soir au matin, on en a le souffle abasourdi. Que personne n’ait perçu l’urgence qu’il y avait à m’avertir de la résurrection de PKD sous la forme d’un espiègle répliquant en liquette de fantaisie défie le sens commun et tient certainement de l’hystérie collective.

Qu’il soit entendu que l’entreprise n’a pas pour but de réaliser une plate créature animatronique qui ne saurait impressionner le technophile, mais bien d’un avatar évolutif et convivial car il parle ! Il parle ! Mesdames et messieurs Philip K Dick parle !

Une vidéo étonnante se charge de subjuguer l’internaute et illustrer les progrès réalisés sur les programmes d’intelligence artificielle. Sous les yeux écarquillés de son interlocuteur, un Philip K Dick de synthèse discute, plaisante et évoque le futur des relations humain-machine, alors que son occiput laisse saillir un entrelacs insolite de câbles électriques reliés à un ordinateur.

L’histoire de l’androïde est d’ailleurs fort romanesque car il a disparu ! (paupières vers le haut)

« Ce fut tragique lorsqu’on a perdu le premier robot – ça m’a brisé le cœur », déclare Hanson dans une entrevue. « C’était un outil pour réaliser des machines conscientes et douées de compassion ».

Le roboticien est confus d’admettre qu’il a perdu la tête dans un avion en route pour San Fransisco. Celle-ci aurait navigué sur un vol en direction d’Orange County avant de s’effacer de la Réalité.

A la bonne heure, les intrépides artisans de Hanson Robotics ont réalisé une nouvelle tête, et considérablement amélioré le programme qui l’anime. Le PKD à ressort n’est sans doute pas près de se jouer du test de Voight Kampff, mais il est déjà plus doué pour la conversation que certains bipèdes qui peuplent les immeubles de bureaux, et on imagine volontiers l’inviter à l’occasion d’un mojito pour être le fou rire de la soirée.

Fort de sa cybernétique créativité, l’androide sera-t-il en mesure de terminer le roman inachevé de PKD, The Owl in Daylight ? Si une telle chose se produisait, on peut se figurer combien ses semblables devraient éprouver la jalousie des gens de lettres du club de science-fiction. Et il serait cocasse que la guerre contre les machines débutât sur le terrain d’une querelle artistique.

En attendant, je le trouve poilant moi le Dick électrique. A la question:

« Do robots dream of electric sheep? »

Il a l’effronterie de répondre:

« As a matter of fact. »

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