
On peut difficilement reprocher à The Walking Dead de passer à côté de son sujet. A l’exception notable de la saison 2 où certains épisodes enferment le spectateur dans une intrigue domestique à périr d’ennui, on y est assuré de voir des zombies. Et ce sont de beaux zombies. Ils divaguent en multitude oppressante à travers les bois et ne manquent pas d’aller s’accumuler dans les coins sombres, tels les nuages de moucherons aux abords du lac Daumesnil.
Leur physionomie exhibe d’horrifiques stades de putréfaction qui croissent en concordance avec l’âge de l’épidémie, ce qui n’est pas le cas des munitions, qui elles semblent exister en quantité infinie.
C’est le point positif de la série, et sans doute ce qui lui vaut son succès: Chaque épisode d’une petite heure contient sans doute vingt frissonnantes minutes de cannibalisme d’outre-tombe à l’heure du souper. Il lui arrive même d’être drôle.
La faiblesse du spectacle surgit le reste du temps. Entre deux attaques de morts vivants, à l’instant que tout un chacun mettrait à profit pour coordonner le mouvement suivant avec le reste de la tribu dans l’objectif évident de la Survie, les personnages se mettent soudainement à jouer des psychodrames.

Sans qu’on puisse en discerner les fondements, c’est une séquence de prêches et de remontrances qui se déclenche au moindre temps mort, au désarroi et à la lassitude du spectateur qui entreprend alors de tripoter son téléphone.
Certes, les angoisses morales d’un protagoniste sont un composant classique de l’arc dramatique, mais elles interviennent d’habitude avec parcimonie dans la narration, sans doute de crainte de lasser le public.

happened to your hair. »
TWD constitue sur ce sujet une curiosité, car dès qu’ils ont cinq minutes de temps libre, les personnages ne peuvent résister à l’opportunité d’un langoureux psychodrame. Une véritable manie. On s’en convaincrait que les environs d’Atlanta sont peuplés de groupes de thérapie ou d’adeptes de l’Actor’s Studio sans cesse interrompus dans leurs exercices par des irruptions dégueulasses de l’Empire des Morts.
Pour ne rien arranger, ces séquences sont construites sur des lignes de dialogues chuchotées avec lenteur, et dans lesquelles chaque personnage s’abîme mollement, comme un scaphandrier dans un sédiment pélagique.
Si les producteurs de TWD s’étaient mêlés de la fameuse scène de cryogénie de l’Empire Contre-Attaque en 1979, Han et Leia seraient sans doute morts de vieillesse avant de parvenir au bout de leur dialogue. Maintenant que j’y songe, il serait intéressant de vérifier une éventuelle implication de ce type dans le désolant sabotage de la conversion d’Anakin dans la Revanche des Siths (2005)…

Le show présente une seconde faiblesse, et elle se niche dans ses rebondissements. Car ce n’est pas le moindre des défis posé par un psychodrame que de découvrir un moyen d’en sortir. Dans grand nombre d’occasions, la dynamique narrative est relancée, non pas par le mécanisme de l’intrigue, mais par le comportement aberrant d’un personnage, que l’idiotie seule ne suffit pas à justifier.
Il semble qu’à chaque fois que les scénaristes souhaitent cesser de patauger dans un psychodrame, un des personnages se met soudainement en tête de prendre une initiative insensée, du genre s’élancer sans prévenir en tyrolienne de fortune au-dessus d’une rivière de zombies dans l’espoir que « ça pourrait aider », avant de s’aplatir au milieu des charognes et perturber le pauvre Rick qui était occupé à peaufiner sa crise existentielle de la fin de matinée.
Cela dit, les zombies sont bien faits.


Laisser un commentaire