Irrécupérables

Published by

on

Je tiens les objets pour fondamentalement irrécupérables.

Irrécupérables, car toutes les peines du monde sont impuissantes à corriger leur nature de faux jetons. L’objet le plus insignifiant ne connait que la malice et la duplicité. Peu importe les ambitions que l’on nourrit à son endroit, son comportement est récalcitrant.

Là où l’on attend d’un honnête bidule qu’il fasse preuve, sinon d’enthousiasme, à tout le moins d’un consentement jovial, on ne peut que constater qu’il résiste, qu’il s’arcboute dans l’intention évidente de vous claquer au visage, et qu’en général il finit par disparaître.

Irrécupérables, car une fois qu’ils ont disparus, ces petits cancres se gardent bien de venir s’en vanter. Ils préfèrent sans doute rire de votre désarroi à l’abri d’une tanière indicible d’où ils peuvent comploter à loisir.

Enhardis par leur aptitude à la manigance, ils ont le toupet de s’escamoter sous vos yeux. Alors que vous suivez des yeux la chute d’un de ces gredins qui se faufile entre vos doigts pour s’élancer dans les airs, vous pouvez désigner avec précision l’endroit où il a touché le sol avant de s’évaporer.

Je prétends que le sol du jardin du Luxembourg est constitué d’un pavage habile de minuscules triangles des Bermudes, et il en va probablement de même pour la moquette de mon salon.

C’est pourquoi je me demande dans quel but inavouable les fabricants d’écouteurs audio s’entêtent à ne proposer dans leurs packs qu’un misérable jeu d’oreillettes supplémentaires. La conspiration est d’une stupéfiante étendue.

Votre commentaire

Next Post