Achtung

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Je suis sans cesse désappointé par mes capacités de concentration. Si l’on prétend y tenir la moindre place, la société exige de chacun nous le décryptage continu d’un enchevêtrement de données dont la plupart sont laides et les autres probablement erronées.
Qui donc sont ces êtres capables de discourir des heures durant sur un sujet unique, qui n’arrivent jamais en retard, et qui en toutes circonstances, s’arrangent pour être au courant de ce qui se trame ?

En ce qui me concerne, et malgré les efforts que je déploie, il est remarquable qu’un de mes raisonnements dépasse soixante quinze seconde avant de partir sautiller vers quatre ou cinq autres sujets qui passaient par là. Le résultat qui en découle ne répond que rarement aux attentes d’un professionnel.

Le cas du timing est particulièrement fascinant. Car si l’attente d’un événement E à l’heure H peut me plonger dans l’angoisse et focaliser mon attention de façon à ruiner ma bonhommie jusqu’à l’échéance, il est fréquent que l’heure H me surprenne dans un complet état de rêverie, et à des distances galactiques de l’événement E.

Le résultat de tout cela est une continuelle mascarade. Les données esquivant sans cesse toutes tentatives pour les rassembler, les problèmes se présentent invariablement sous la forme du sac de nœuds. Le moindre des sujets constitue un mystère indéchiffrable, et si vous m’entendez participer avec enthousiasme à une conversation, vous pouvez parier que je suis à côté du sujet. Telle remarque sibylline au détour d’une phrase a des allures de trait d’esprit ? Ne cherchez pas : il s’agit certainement d’un malentendu.

Peut-être les préoccupations qui remuent nos piètres vies sont-elles trop brutales ? Peut-être nous est-il vital de perdre nos pensées dans tel reflet de lumière sur la surface fantastique d’une poignée de porte insipide et laisser échapper ainsi une matinée de travail ?

Les files d’attente dans les magasins sont d’un fastidieux tel qu’on s’étonne de ne pas trébucher sur les cadavres des malheureux qui y sont morts d’ennui. L’autre jour, au terme d’une progression nonchalante, la caissière m’annonce brusquement le montant de mes achats. J’ignore dans quelle rêverie je m’étais égaré, mais calmement, avec l’assurance d’un automate, je lui répondis non.

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