Pourriture

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Ca y est ! La réalité qui talonne sans répit la fiction a permis à la blogosphère de s’affoler pour le cas hideux de cannibalisme apparu il y a quelques jours à Miami.

En toute rigueur, le terme de zombie associé à ce troublant événement est un abus de langage car le cannibale était en vie au moment des faits. Hors il est entendu, sauf peut-être chez Danny Boyle, que le zombie est un mort vivant.

En considérant cependant qu’à l’égard des légendes vaudou, Romero lui-même a fait preuve de licence poétique en donnant naissance à son mythe en 1968, on peut sans doute qualifier de zombie tout individu dont la tête vous revient peu, c’est-à-dire potentiellement tout habitant de la planète, mais plus fréquemment le goujat qui renverse votre pinte avec cette nonchalance hébétée si commune vers les 4h du matin.

On remarque au passage que le phénomène zombie est une vogue qui ne semble pas vouloir se démoder. Au contraire, depuis le début des années 2000, l’engouement ne cesse de se renouveler, de s’affûter et de se livrer à tous les excès. En marge des nanars boiteux (rires) des années 80 et jusqu’au sensationnel déluge de zombies dégringolant en 3D du haut d’un gratte-ciel sur la tête de Mila Jovovitch, on s’entiche de zombies comme d’une intarissable friandise, on affiche ses nécroses au Zombie Walk au mois de novembre, on se pavane vêtu de loques ensanglantées aux Furieux de la rue de la Roquette, et à l’heure du mojito, on s’affole d’un ballet de carcasses en putréfaction.

Cela fait un moment que ces histoires de cadavres qui reviennent arpenter les rues de nos coquettes cités en foules informes pour en infecter les habitants de leur abjection me laissent rêveur. J’ai donc listé quelques éléments susceptibles d’éclaircir cette fascination exercée par nos charognes ambulantes.

Remarquons que tout, dans le comportement du zombie, constitue un contre-modèle de nos sociétés douillettes et aseptisées. Je prétends que la marionnette faisandée qui s’agrippe à nos chevilles n’est autre que le fauve sanguinaire qui se débat au plus profond de nos esprits apprivoisés par tant de siècles de sociabilité. Au sens de la société il représente nos angoisses les plus modernes : il est le virus qui vient nous contaminer, le fanatique qui vient nous étriper et/ou nous convertir, le barbare grimaçant qui vient nous envahir.

Il est le cadavre en sursis dans les bottes duquel nous trottinons avec une insouciance trompeuse. Car à l’instar des danses macabres du 15è siècle, le zombie représente le triomphe de la Mort. Indifférent à la richesse et à l’autorité, le zombie menace tous les humains sans distinction, qu’ils soient ilotes dans les bidonvilles ou patriciens des centres commerciaux. Son intervention funeste dans nos existences moelleuses pourrait provoquer ce qui fait tressaillir d’horreur le citadin domestiqué du 21e siècle : la disparition du confort matériel.

C’est peut-être pourquoi il serait horriblement fâcheux devant un spectacle si proprement dégoûtant (rires), d’afficher autre chose qu’un éclat de rire convenu. On s’extasie d’horreur, on glousse devant l’abomination.

Comme indice de désinvolture, on m’a récemment indiqué un film que je crois japonais et dont le titre en français est sans concession: Les zombies dans les toilettes.

Alarmé, le gouvernement américain aurait officiellement démenti qu’une épidémie de zombies soit actuellement en cours mais conseille toutefois à la population de se préparer à toute éventualité.

Aussi le lecteur est-il invité à se faire une opinion personnelle sur l’affaire de Miami. S’agit-il d’un épouvantable fait divers, ou est-ce tout bonnement avant-gardiste ?

Quand il n’y aura plus de place en Enfer,
les Morts reviendront marcher sur la Terre

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