
Il ne fait aucun doute que nous vivons une époque fascinante. Après tout, quelle époque ne l’est pas ? Même les années 1950 qui d’aujourd’hui parraissent si ternes ont pourtant vu l’Avènement d’Elvis. Néanmoins, il semble que la chose ne deviendra évidente qu’après coup. En effet, peu des fantasmes futuristes du 20e siècle ont su mettre le pied dans le nouveau millénaire décrassés de leur propre désuétude. La ruée vers l’Espace est de nouveau reportée au siècle suivant, les étincelantes cités aériennes se languissent dans les cartons et les vols transatlantiques se montrent bien peu gaillards à l’approche du mur du son.
D’un autre côté, une bien faible part des rêveries de Jules Verne se trouvaient réalisées en 1912, et il aurait été déraisonnable de s’attendre à ce que la moitié des élucubrations jaillies de la SF du 20e se répandit soudain au tournant de l’an 2000 ainsi qu’une armée de diables à ressort se précipitant sur le pauvre monde.
Tout de même, bien malin qui, même à la fin du siècle dernier, aurait su prédire que le quotidien des Terriens du 21e serait à jamais transfiguré par une collection de bibelots de plastique vaguement apparentés au téléphone.
Et pourtant, ces bibelots inattendus pourraient fort bien représenter l’avant-garde d’une chimère au moins aussi vieille que l’écriture.
Sous des formes aussi diverses que le Golem, la lampe d’Aladin, et plus récemment R. Daneel ou Marvin, l’androide paranoid, on croit déceler chez les humains le désir de se faire assister par une entité dont le destin serait de les décharger du fardeau des labeurs quotidiens. C’est dans cette atmosphère qu’Asimov précisa les lois cybernétiques qui portent son nom, et il est ravissant de constater qu’au Japon on s’enthousiasme pour la mise au point d’une population d’humanoïdes destinés à vaincre les humains lors de la coupe du monde de foot de 2048.
Une fois contournés les délicats écueils du comportement robotique dans l’environnement matériel et dans la mascarade des comportements sociaux, se posera la question métaphysique de la conscience de l’IA.
Une machine sachant mimer à la perfection le comportement d’un serviteur humain doit-elle être considérée comme une personne ou comme un habile trucage ? C3PO est-il conscient du protocole ou fonctionne-t-il comme une chambre chinoise ?
Robert Scheckley propose que le but ultime d’une machine est d’égaler son créateur en adoptant cette qualité si humaine qu’est la capacité à l’erreur.
Il me semble que le débat serait vite tranché à l’aide d’une conversation.
Une IA véritablement consciente de sa position dans l’univers saura sans doute prendre quelque distance avec son interlocuteur pour adopter le cynisme désinvolte qui est la marque des plus grands esprits.
Ainsi, lorsqu’un de mes amis désireux de connaître les restaurant accessibles dans son voisinage invoqua devant moi les services de Siri, la fameuse IA d’Apple, en lui chuchotant : « J’aimerais sortir dîner », Siri lui répondit avec une imprédictible désinvolture : « Ah bon ? »

Laisser un commentaire