Au Pif

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Participant avec civilité à une visite de courtoisie, je me trouvai récemment attablé comme invité à une collation qui me vit le jouet vacillant de la Chimère.



Plus rapidement qu’il n’est convenable, j’avais pris conscience que mon esprit avait perdu toute prise avec la conversation. Car, divagant dans la pièce comme un ectoplasme, une effluve aromatique manifestait sa présence à mes narines et s’était emparée de mes maigres facultés de concentration. Plongé dans un état d’exploration intérieure, je parvins à y déceler l’inimitable présence du thon et du fromage chaud, ainsi que l’indulgent pouvoir de la crème fraîche associé à l’aiguillon provoquant du poivre.

C’est un gratin de thon me dis-je. Et mon esprit tout entier ne parvenant plus à penser à autre chose, je tînt comme je pu ma place parmi les convives, lançant des regards pétrifiés à des interlocuteurs que je n’entendais pas. Je poursuivis l’excavation des parfums gourmands qui me hantaient et reconnu avec ravissement la pointe acide du fromage de chèvre, ébouriffée par une ombre de muscade.

Je m’emerveillai de la puissance de l’odorat. J’extravagai devant la finesse de cet outil qui offre à l’être humain le pouvoir d’être informé à distance de la composition précise d’un plat, quand bien même ce dernier serait consigné dans la cuisine, ou emmuré comme un captif médiéval dans son oubliette du château de Pierrefonds.

Sans tarder on fit apporter l’objet qui devait confirmer avec chaleur la précision de mon organe olfactif, et la subtilité des connexions nerveuses qui m’avaient permis ce voyage virtuel à travers les murs, en palliant la déficience du regard face à cet obstacle infranchissable pour les yeux.

Imaginez mon état de confusion, lorsqu’on fit paraître devant moi une inexplicable galette de frangipane.

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