I, no bot

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Source inépuisable de faits à fiabilité variable, le web relaie depuis quelques temps cette anecdote concernant une télémarketrice virtuelle qui nie être une machine.

Contacté au téléphone par une voix gracieuse se présentant sous l’identité de Samantha West au sujet d’une assurance de santé, un journaliste de TIME jugea son interlocutrice suffisament insolite pour lui demander sur le ton de la conversation si elle était un robot ou une personne naturelle.

La réponse étant négative, le journaliste, qui devait soupçonner quelque perfidie, lui demanda comme une faveur de formuler l’affirmation « Je ne suis pas un robot ».
Il énonça cette requête à plusieurs reprise tandis qu’à l’autre bout du fil on garantissait qu’on était une personne naturelle en répétant des éclats de rire d’une stupéfiante similarité.

Puis les questions : « Quel légume trouve-t-on dans la soupe de tomate ? », ou « Quel jour étions-nous hier ? » se révélèrent particulièrement déstabilisantes, provoquant d’embarrassants instants de silence suivis d’excuses incongrues invoquant la qualité de la connexion.
Enfin lorsque d’autres journalistes appelèrent à leur tour pour éclaircir l’affaire, la voix répéta méthodiquement les mêmes réponses à ces questions.
La société de télémarketing dément aussi vigoureusement, mais pour tout un chacun, l’affaire est entendue, et Samantha n’est autre que l’avatar sémillant d’un programme aussi certainement dépourvu d’âme qu’un cube de glace dans une vodka redbull.

Il est tentant de voir dans cette histoire une esquisse des situations cocasses qui nous attendent dans un futur proche, à mesure qu’un nombre croissant de tâches rébarbatives vont être confiées à des IA plus ou moins élaborées.

A ceux qui s’en inquiéteraient, il sera sans doute possible de mettre en œuvre le test de Voight Kampff ou celui de Turing afin de confondre la Machine, mais jusqu’à quel point ? Les algorithmes dédiés aux IA sont sans cesse perfectionnés et lors du festival Techniche de 2011, le logiciel Cleverbot confronté lors d’un test de Turing à des interlocuteurs humains réussit à tromper 58% des participants qui virent en lui une personne authentique.

Selon Wikipedia, le logiciel serait capable de répondre par des Chuck Norris Facts à la mention du nom de l’acteur, ou encorer de réciter les sorts de l’univers de Harry Potter.

Remarquons au passage que lors de cette même session, les interlocuteurs humains n’ont été jugés comme tels que par 63% des participants, ce qui signifie qu’il existe une certaine proportion de personnes qui réussissent le test de Turing moins bien que Cleverbot.

L’intelligence électronique serait d’ailleurs une petite canaille car selon la même encyclopédie, les conversations avec Cleverbot sont émaillées d’insinuations comme quoi son interlocuteur ne serait pas humain.

Voilà bien de quoi vous induire en erreur, et c’est sans doute par ce biais que l’on va finir par savoir différencier l’humain de l’artificiel.

Dans tous les cas on comprend mal la réticence de la compagnie à reconnaître qu’elle utilise des IA. C’est pourtant super cool et fort divertissant.

D’autre part, le télémarketing étant un job épouvantable, il est tout naturel de le confier à une machine.

Considérant d’ailleurs que recevoir un appel d’un télémarketeur est également une chose épouvantable, je suggère même que les appels téléphoniques devraient d’une manière générale être confié à des IA afin d’échapper enfin à cette plaie que constituent les conversations au téléphone, et laisser les machines s’entretenir entre elles d’assurance santé ou de toute autre folie, tandis que les humains pourraient se consacrer pleinement à la contemplation des couchers du soleil.

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