
Il règne dans les airs une étrange atmosphère. Ou plutôt est-ce le contraire ? Il règne dans les airs une atmosphère tout à fait normale. C’est totalement bizarre. L’an est à présent presque 2011 et les évidences ne se bousculent pas pour en témoigner. Tout autour de nous, l’extraordinaire surprend par sa banalité.
Devrions-nous être impressionnés en levant les yeux, par les avions qui depuis un demi-siècle circonvolent comme des buses au-dessus de la capitale ?
Cela paraît difficile. Et même lorsque la fascination nous étreint en contemplant une fois de plus les clichés étourdissants des missions Apollo, pouvons-nous occulter le fait qu’elles ont plus de 40 ans ? Jetons un regard dans la rue et épouvantons-nous d’y remarquer l’omniprésence de cette plaie du 20e siècle que fut le moteur à explosion ! Suffoquons sous l’assaut de ses assourdissantes pétarades!
Certes, nous disposons d’outils de communication fort ingénieux et qui permettent toutes sortes de mystifications pour justifier de vastes retards à des rendez-vous. Maintenant que j’y pense, ces inventions sont finalement très utiles pour qu’il n’y ait pas de rendez-vous du tout.
Mais où diable se terrent les prodiges technologiques censés pulluler dans les cités magiques du 21è siècle ? Remarquons que nous sommes à présent à 4 ans du Futur et qu’on ne distingue pas la moindre voiture volante. Si le cours des choses n’emprunte pas sans tarder une sacrée bifurcation, jamais le Doc ne pourra aider Marty à récupérer l’Almanach.
Et où donc se cachent les bases lunaires? Où se sont égarés les centaines de Sélénites supposés y travailler ? Que font les Chinois ?
Pour un peu, on soupçonnerait que le Futur n’a jamais eu lieu.
Quelque part au sud de Paris se dresse le rail de béton qui servit aux essais de l’aérotrain. Ces vestiges forment aujourd’hui un monument funéraire à la mémoire des années 1960, comme si le Futur s’était délabré avant même d’avoir existé. En contemplant ces ruines bercé par la mélancolie automnale, on a le sentiment de s’être égaré dans un détour du temps. Que quelque chose a manqué de survenir qui devait faire du monde un endroit prodigieux et que cet endroit s’est fossilisé à la suite d’un mystérieux sabotage.
Tout juste est-il possible d’appréhender ce qui aurait pu être au travers de prototypes à l’abandon, comme on imagine à l’examen d’une mâchoire pétrifiée, la puissance d’un lézard antédiluvien.
On nous promettait des voyages sur Mars et des cités idéales, et voici notre quotidien empêtré dans une vacuité de réseaux sociaux, et le téléphone suspendu à la merci des centres d’appels. Qui nous a volé l’an 2000 ? Les nostalgiques du futur sont-ils condamnés à s’enfermer dans une fusée de carton avec les frères Bogdanov et un vénérable compact disc de Jean Michel Jarre ?

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