Bien au Contraire

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On peut sans doute identifier dans l’Histoire des instants où le progrès technologique ouvre le choix à différents usages, dont certains épargent à l’humanité une cause de souci, tandis que d’autres semblent vouer Homo Sapiens à expérimenter sur lui-même l’élevage qu’il pratique depuis des millénaires sur des mammifères plus impressionnables.
Ainsi, il me semble curieux que malgré toutes les facilités accordées par nos fabuleux outils de communication, la possibilité de travailler chez soi plutôt que dans une lapinière de béton soit toujours automatiquement balayée comme une gamine ineptie.

Pourtant, le travail de bureau des années dix s’y prêterait tout juste. J’en veux pour preuve la modularité dont se coiffent les Ressources Humaines aussitôt qu’un technoPape s’est mis en tête de remanier l’Organigramme au rythme de ses lumineuses épiphanies.

Il est fameux que dans certaines compagnies, le salarié s’épanouit dans des bureaux en plateau, standardisés et répartis sur le territoire. Visitant l’un d’eux la semaine dernière, je m’étonnais que l’on n’ait pas agrémenté les positions de travail de touches personnelles, voire de plantes vertes ou d’une autre couleur.

On me répondit qu’une telle chose était impossible, car contrevenant odieusement à la nécessité pour l’Organisation de déplacer sans cesse et avec des préavis fantômatiques, les salariés d’un lieu à l’autre. Tout au contraire, l’essence profonde de l’espace de travail semble requérir que tout y soit minimal et conforme jusqu’à l’extase: Un ordinateur, et un box contenant d’hypothétiques affaires personnelles.

La notion même de plante d’agrément y est mécaniquement condamnée comme une obscène fantaisie, germe de la Subversion. Tout juste le pot de départ y est-il officieusement toléré, afin de concéder un soupçon d’allégresse aux membres du personnel, eux qui ne sont plus tout à fait des bêtes, mais pas encore véritablement des machines.

Ainsi le personnel peut-il rêver à l’avenir qui pointe sous ses cieux de néon. Recevant chaque matin dans sa chambre d’hôtel un sms lui indiquant les cordonnées de son nouveau bureau, il saute dans un train pour s’y matérialiser à 9h. Pénétrant sur un plateau ouvert où l’attend parmi des centaines d’autres sa position, il identifie cette dernière et vient y placer son ordinateur, déposant à ses côtés le box contenant d’hypothétiques affaires personnelles. Déjeunant d’un repas rationalisé aux tréfonds d’un réfectoire semblable à une morgue, il remonte s’acquitter d’une après-midi de travail, puis prenant le temps d’un pot de départ avec quelques parfaits inconnus qui rôdaient par là, il s’avise de l’e-mail qui lui décrit comment aller dormir.

Je ne cherche aucunement à faire des histoires, mais depuis que l’on peut transporter son ordinateur pour travailler n’importe où, pourquoi diable tient-on à m’empêcher d’aller travailler aux confins des terres de l’ouest où l’on trouve le rivage, ou bien dans la quiétude tamisée de la forêt ?

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