Les Déchets

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Ce n’est pas le moindre des à-côtés de l’énergie nucléaire que de produire des déchets. Mais ce fameux inconvénient qui déchaîne les passions, offre également l’occasion de se pencher sur cet aspect fascinant de notre société d’information qu’est la transmission du savoir dans le gouffre du temps.
Le vertige nous a saisis lorsqu’il est apparu au cours du 19e siècle que l’univers est finalement âgé d’une durée qui excède considérablement la portée d’une civilisation, et en l’absence de raison objective laissant supposer le contraire, il nous faut nous attendre à ce qu’une durée comparable s’écoule après que la nôtre aura décanillé.

Ce constat demeurait purement virtuel jusqu’à l’arrivée des déchets nucléaires. Comme chacun sait, les rebuts en question sont réputés malsains pour les organismes vivants, et certains d’entre eux peuvent le demeurer durant des périodes qui dépassent l’âge du système solaire. Le problème posé par le stockage de ces fâcheux résidus n’est à l’heure actuelle pas tout à fait résolu, et est la source d’embarras pressants pour nos énergiques sociétés.

La beauté du problème à résoudre vient du fait qu’une fois la solution mise en œuvre, son efficacité devra être garantie, alors même que la civilisation qui l’aura initiée aura vu ses traces ultimes englouties par les millénaires. Le stratagème ordinairement invoqué pour mettre en lieu sûr nos encombrantes poubelles consiste en un enfouissement géologique judicieux et impénétrable.

Et c’est ici précisément que l’incertitude nous assaille. En effet, comment garantir qu’au gré des civilisations qui vont certainement se succéder après la nôtre, l’une d’elle n’ira pas malencontreusement fourrer tout le long de sa niaiserie dans un de nos dépotoirs vénéneux ? Même en misant sur des supports de granite, en quelle langue rédiger les panneaux de mise en garde ? Que pourrait bien éprouver un de nos descendants du 900 000e siècle, devant l’avertissement : Interdiction de farfouiller, les trépasseurs seront persécutés ?

Comme à l’accoutumée, de vigoureux Japonais (source invérifiable) proposent de ne pas se fier à une transmission technique trop vulnérable face au torrent des siècles, mais de bâtir au-dessus des sites d’enfouissement, des temples associés à une tradition spirituelle dont les rites inspireraient une crainte superstitieuse des lieux interdits. L’idée est fascinante, et lorsqu’on lit (source invérifiable), que d’audacieux Américains proposeraient d’identifier ces sites à l’aide de majestueux monolithes, on est conduit à considérer d’un œil neuf, les hauts lieux de radio activité naturelle, et les mystérieux alignements de menhirs de Carnac.

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