
Nosaure !
Contre toute attente, les restes fossilisés d’un T-Rex trépassé depuis 68 millions d’années contiendraient des traces d’ADN, selon le magazine Bone.
La nouvelle est profondément troublante, car j’ignorais tout à fait qu’il existât un magazine appelé Bone!
Par ailleurs, les publications grand public des derniers jours martelaient avec un pessimisme aride, l’impossibilité mécanique dans laquelle se trouvent les brins d’ADN, de survivre le moins du monde à la misère que le Temps leur allonge sans relâche en travers de la figure (National Geographic, 11 octobre 2012).
Depuis dix jours, il était donc officiel que jamais nous ne pourrions restaurer l’existence des terribles lézards des âges enfouis et qu’il fallait nous en retourner à de moins sottes occupations.
Et voici que le Dr Schweitzer (Mary) et le magazine Bone remettent tout cela en question en agitant sous le nez des internautes un fémur brisé qui est une graine de controverse depuis 2007.
Des considérations complexes relatives au matériel organique découvert dans l’os sont réputées apporter la preuve que des cellules auraient survécu à cette incroyable succession de siècles pour parvenir jusqu’à nous et que de l’ADN y sommeillerait depuis tout ce temps, tel un ramassis d’émeraudes assoupies dans un galion espagnol au large de Key West.
Il n’en faut pas plus pour raviver la fièvre du clonage de dinosaures qui s’est semble-t-il emparée de nombreux blogs peu pointilleux. Peut-on réellement envisager de faire revivre des espèces depuis si longtemps disparues ? Et surtout sans doute, où diantre va-t-on pouvoir les mettre ?
Que faire de dinosaures clonés ? Il n’a échappé à personne qu’une espèce animale ne peut prospérer qu’au sein d’un écosystème avec lequel elle a évolué dans une sauvage harmonie. Par conséquent, la résurrection d’un animal peut difficilement se concevoir sans le cortège inexprimable du reste de son environnement. Un tel projet me semble dépasser de loin les ambitions échafaudées jusqu’à présent par les paysagistes les plus forcenés.
De plus, régénérer des écosystèmes disparus quand nous éprouvons déjà un certain embarras à sauver ceux qui existent encore pourra apparaître comme une confusion de priorités. A moins que l’un soit la réponse à l’autre ?
Et pourtant, lorsque Mars sera enfin terraformée, on disposera alors d’une large part de territoires vierges qu’il nous serait possible de peupler à notre guise, qui oserait prétendre que ce n’est pas raisonnable ?

Un homme qui sait se rendre heureux avec une simple illusion
est infiniment plus malin que celui qui se désespère avec la réalité.
Alphonse Allais

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