
L’univers, abîme de mystères, océan de merveilles, déluge de puissance et témoin imperturbable de notre agitation, est une insaisissable fripouille.
Il suffit pour s’en convaincre de nourrir la plus infime des ambitions et de constater avec quel entrain aussitôt, les complications et les tracasseries viennent s’y entortiller avec un désastreux manque d’à propos.
Il ne faudrait cependant pas rendre responsable l’univers qui est si joli, de toutes les perfidies. Ainsi ces vilains formulaires, qu’une existence organisée nous impose de compulser jusqu’aux sanglots, ne sont sans doute pas l’invention d’une sombre essence surgie du gouffre des temps et dont la raison d’être au sein du cosmos serait la ruine de l’espèce humaine. Il faut plus probablement y voir une banale malice de l’administration.
Cela considéré, il semble néanmoins que l’univers qui est si grand, soit aussi animé d’une force dont l’action contrecarre notre volonté de même qu’elle oppose à chaque mouvement un mouvement contraire. A l’image de la loi d’action et de réaction, il doit exister un commandement stipulant qu’un dessein se doit d’être instantanément contrarié. On peut aussi remarquer que les événements qui nous sont favorables constituent, dans la liste des événements possibles, un ensemble tragiquement réduit, et qu’il faudrait que l’univers soit particulièrement bien disposé à notre égard pour que les premiers prennent le pas sur les seconds.
Et c’est ainsi que nous enrageons de voir le monde comme une conspiration. Des raisonnements d’une glorieuse beauté formelle se voient impitoyablement disqualifiés par l’intervention de faits ridicules. Et il est évident pour chacun que le simple fait de courir à l’aéroport va déclencher une succession d’invraisemblances ferroviaires dans le dessein machiavélique de nous rendre fou.
Il subsiste cependant des phénomènes pour résister à cette analyse tempérée. En certains cas mystérieux, un problème donne le sentiment de se tirebouchonner un peu plus qu’il n’est convenable, qu’un objet d’allure débonnaire dissimule au fond de lui un tempérament pour la taquinerie, qu’un ordinateur d’apparence intègre se mêle soudain de vous causer sur un ton déplacé.
L’univers se joue-t-il de nous ? Quels espiègles petits gobelins se terrent-ils à l’embuscade de chacun de nos pas ?
Certaines choses au moins doivent relever de la manigance, car il n’y a pas si longtemps à l’arrière d’un véhicule où je me tenais assis, n’aspirant qu’à la quiétude et à la méditation, la banquette a spontanément pris feu, exactement sous mes fesses.

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