
L’un des phénomènes les plus frappants de notre 21e siècle balbutiant est sans doute cette ressource que nous offre internet d’accéder à un moteur de recherche. Quand on songe aux malheureux habitants du siècle dernier qui en étaient dépourvus, on peut difficilement se figurer de quelle manière ils s’y prenaient pour répondre aux questions qui s’abattent sans répit sur nos têtes comme hectolitres en Niagara.
Sans doute devaient-ils déclarer ne pas savoir, ce qui ne viendrait aujourd’hui à l’esprit de quiconque possède un téléphone, et peut-être projeter d’aller dans l’avenir fouiner dans une bibliothèque, ce qui finalement ne se produisait jamais.
Peut-être devaient-ils émettre des hypothèses, et recenser des façons de les vérifier, en discuter au hasard de leurs rencontres, avant qu’un jour glorieux les voie aboutir à une conclusion ?
De nos jours, il n’est pas de question essentielle ou vaine, qui n’ait été débattue par ce qui semble être la Terre entière, et dont les conclusions ne soient immédiatement disponibles sur Google avec une fiabilité abandonnée à l’appréciation du lecteur.
Avec les inévitables progrès de la technologie, j’imagine assez bien un futur où la moindre manifestation de nos angoisses se verrait instantanément répliquée par une voix docte et suave nous énonçant les principes stratégiques du jeu de Go, ou une façon décente de s’extirper du dédale inexprimable de la gare de Lyon.
Allons-nous donc pouvoir nous reposer sur Google pour palier la défaillance de nos mémoires ? Face à un problème dont la solution est réputée connue, allons-nous nous épargner la peine du raisonnement ? De même que l’automobile a pu dispenser de l’effort de marcher, internet nous dispensera-t-il de penser ?
Nous sommes si nombreux sur le web à faire le récit illusoire de nos vies de mortels, qu’il est plausible que chaque problème se présentant un jour à chacun possède sa solution dans un recoin de l’infosphère, et que par conséquent, Google y pourvoira.
Avisons-nous que l’affaire ne sera alors pas dépourvue d’ironie. En effet, Il en coûte tant d’efforts et de renoncements à un individu pour entretenir une automobile, qu’on se demande finalement lequel est au service de l’autre. Lorsque le siège de la pensée sera situé dans le Cloud, les humains seront alors les yeux, les mains et les oreilles d’une créature myriapode et omnisciente qui serait aux humains ce que les humains sont aux bactéries et c’est ainsi monsieur, qu’Allah est grand.

Oh my God… it’s full of stars !

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