
On trébuche communément sur le web (where else?), sur une floraison d’articles à consonnance scientifique affichant le désir de nous informer de résultats d’études médicales inopinées. Au fil des nouvelles, il apparaît qu’aux heures où l’innocent quidam s’anéantit comme tout un chacun dans un abîme de polochon, des enquêteurs disséminés autour de la planète s’activent à mener l’air de rien, des expérimentations auxquelles peu auraient le réflexe de songer. Ainsi, une collection d’études présentées avec le plus grand sérieux se manifeste sur nos moniteurs pour nous donner des indications dont il est difficile de savoir que faire.
A en croire les titres fastueux des articles en question, nos destins seraient, à notre insu, irrévocablement dictés par nos habitudes les plus innocentes, selon d’obscurs processus dont les effets auraient tendance à se contrarier les uns les autres, ce qui quand on y songe, dévalorise leurs pouvoirs de prédiction.
Ainsi la télévision serait par exemple responsable des AVC, bien que ces derniers puissent être évités grâce à l’absorption de café. Ou de chocolat. Quant au cancer, on s’en délivrerait en se gavant d’aspirine, bien qu’il soit, dit-on, favorisé par l’ennui… Le même cancer serait mis en échec par le thé vert, c’est prouvé ! Mais pas le cancer du sein, non.
Et les téléphones portables ? Ils produisent de bien cérébrales tumeurs en même temps qu’ils immunisent contre la maladie d’Alzeimmer, ce qui tombe à point.
On a le sentiment que toutes ces études désignant une relation inattendue entre un rituel mystérieux et l’espérance d’un avenir favorable ne se trouveraient pas incongrues parmi les collections de recettes qui hantent les rayonnages aux coeur de la bibliothèque de Poudlard.
Par ailleurs, la cohérence des protocoles conseillés est peu convaincante, car selon les articles que l’ont privilégie, le comportement d’un sybarite enragé assurerait une vie longue et prospère, tandis que selon d’autres, il serait nécessaire de cesser de vivre pour demeurer en bonne santé.
Avec plaisir on voyait vanter jusqu’à présent dans un fameux nombre de publications les bienfaits du vin rouge.
Le vin rouge est bon pour la santé, était-il joyeusement proclamé. Et la chose ne pouvant déplaire, on acceptait naturellement que le vin rouge permettait de prévenir le cancer, de rester mince, de prolonger la vie, de redonner de la vigueur et de lutter contre les radiations.
Mais voici qu’à présent le vin est réputé rendre les matériaux supraconducteurs!!
Je ne sais plus trop quoi penser. L’expérience de l’entrée dans la société des adultes est une chose traumatisante. Il en coûte au rêveur l’essentiel de son âme pour se voir toléré dans le monde des grandes personnes. Son parcours est jonché des rêves et des bagatelles que l’académie a méthodiquement piétiné. Aussi lorsque des chercheurs nippons parlent de faire léviter des trains avec du vin rouge, on songe que les seuls vrais poètes sont bien les savants.
Ou bien les Japonais ?
http://www.courrierinternational.com/article/2011/02/10/l-alcool-au-secours-des-sciences-physiques

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