Stupéfiant

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Qu’il soit question de l’Histoire du Monde et de ses fascinants mystères, de celle des Sciences et de la pensée humaine, il est sans doute inégalable d’être présent à l’instant où se produit un événement destiné à y être consigné. Or, selon les rumeurs cybernétiques des jours derniers, un tel instant est sur le point de se réaliser !
John P Grotzinger, éminent responable de la mission Curiosity sur Mars, annonce une découverte « stupéfiante », et déclare que Curiosity a fourni des données « de nature à entrer dans les livres d’Histoire ».

Alors forcément sur la toile on est très excités. Le rover de la Nasa a-t-il découvert des formes de vie extra-terrestres ? Curiosity s’est-il fait taquiner par un gang de grosses mites ? Rien n’est moins sûr, car la dernière fois que le robot a provoqué les clapotis, c’est en laissant choir un bout de plastique.

Reconnaissons que malgré les prouesses techniques accumulées depuis le début de ce siècle sur la planète Mars et qui suscitent un enthousiasme légitime, le terme ‘stupéfiant’ n’est pas celui qu’on associe spontanément aux photographies ternes et épouvantablement cadrées de collections de graviers et de tas de poussière brune.

Pourtant, bien peu de chose suffirait aujourd’hui à stupéfier un public échaudé par des décennies de rouille et de désert.

A l’époque de Lowel et de Schiaparelli, le monde était accoutumé aux révélations sur la flore saisonnière et sur la démesure du génie civil martien. L’actualité évoquait alors les travaux d’ingénierie planétaire et les invasions de tripodes. Pour qu’une découverte soit qualifiée de stupéfiante, un entretien exclusif avec le Grand Roi du Tertre des Sables en personne aurait à peine fait l’affaire…

Notre connaissance actuelle de Mars nous contraint à des fantasmes plus modestes. De drôles de petites boules en grappes font déjà danser les géologues et s’il était question de specimens aussi infimes qu’une bactérie, les biologistes n’en dormiraient plus. La moindre trace, même microscopique, d’une algue ou d’un champignon et ce serait l’hystérie collective !

On peut néanmoins relativiser en se demandant à quel type de livres d’Histoire M Grotzinger fait allusion. En effet, s’il s’agit d’Histoire populaire on doit s’attendre à quelque découverte stupéfiante pour tout un chacun, et par conséquent vachement cool, tandis que s’il s’agit de l’Histoire de la sédimentologie, une découverte stupéfiante pourrait fort bien prendre l’aspect d’un vilain tas de sable à flanc de coteau.

Des annonces sont prévues lors du rassemblement de l’American Geophysical Union du 3 au 7 décembre à San Fransisco.

D’ici-là, toutes les spéculations sont de mise, et remarquons que dans le cas où M Grotzinger faisait référence à des livres d’Histoire de Paris, c’est peut-être une nouvelle station de métro qui va venir enrichir un plan de la capitale désormais interplanétaire, et Lorant Deutsch devra donc embarquer sur le prochain navire hollandais afin d’aller retourner les sables du cratère de Gale où sont enfouies de magnifiques pirogues monoxyles datant de quarante siècle avant la Guerre des Gaules.

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